À l’approche du cycle de candidatures de 2012 pour les nouveaux domaines génériques de premier niveau (gTLDs), la viabilité économique de ces nouvelles extensions était loin de faire consensus. De nombreuses extensions allaient-elles échouer, laissant leurs titulaires de noms de domaine dans l’incertitude ? Ou allaient-elles, au contraire, connaître le succès dès lors que les entreprises commenceraient à privilégier des adresses du type marque.motclé plutôt que marque.com ?
Tout observateur du secteur peut aujourd’hui constater que les extensions issues du cycle de 2012 n’ont été ni un échec complet ni une menace sérieuse pour la domination du .COM. Une analyse financière plus fine demeure toutefois difficile. Les données financières des registres étant largement confidentielles, seuls leurs opérateurs savent véritablement quelles extensions ont été rentables et lesquelles ne l’ont pas été.
Plusieurs opérateurs de registre exploitant des extensions issues du cycle de 2012 ont présenté de nouvelles candidatures en 2026. Leur comportement constitue donc l’un des meilleurs indicateurs dont nous disposons pour apprécier les perspectives économiques du marché des nouveaux gTLDs.
Afin de mieux comprendre ce marché, nous examinerons ces « candidats récurrents », les catégories d’extensions qu’ils ont choisies et leur disposition à entrer en concurrence avec d’autres candidats pour obtenir une même chaîne de caractères.
Des entreprises de toutes tailles et de tous horizons peuvent tirer profit de l’exploitation de nouveaux gTLDs
Cette analyse porte sur les opérateurs de registre dont l’activité commerciale liée aux extensions issues du cycle de 2012 est particulièrement importante. À une exception près, tous ont participé au cycle de candidatures de 2026.
Le tableau suivant présente un échantillon de ces opérateurs et compare le nombre de candidatures déposées lors des deux cycles, d’après les données de l’ICANN relatives à 2012 et la liste des candidatures de 2026.
Opérateur de registre | Candidatures 2012 | Candidatures 2026 |
|---|---|---|
Amazon | 20 | 8 |
47 | 39 | |
GMO Registry | 6 | 0 |
Identity Digital | 307 | 216 |
Radix | 31 | 46 |
ShortDot | 5* | 40 |
.XYZ Registry | 35* | 139 |
* Certaines de ces extensions, voire leur totalité, ont été acquises auprès d’autres candidats.
Deux observations ressortent immédiatement de cet échantillon.
Premièrement, les entreprises concernées présentent des profils très différents. Certaines figurent parmi les plus grandes sociétés mondiales, d’autres sont des acteurs majeurs des noms de domaine et des services Internet, tandis que d’autres encore se consacrent presque exclusivement à l’exploitation de nouveaux gTLDs.
Deuxièmement, si l’on tient compte de l’augmentation des frais de candidature, une seule entreprise de cet échantillon a sensiblement réduit son investissement.
Pour les géants technologiques Amazon et Google, l’exploitation de registres ne représente certainement qu’une part infime de leur chiffre d’affaires global. Pourtant, ils n’ont que légèrement réduit le nombre de leurs candidatures. Leur nouvelle participation est, en elle-même, plus révélatrice que la diminution du nombre de candidatures déposées. Ces deux entreprises semblent avoir trouvé un intérêt à élargir leur portefeuille d’extensions, ce qui constitue un signe de confiance envers les nouveaux gTLDs.
Les nouveaux gTLDs occupent une place plus importante dans les activités de Radix et de GMO Registry, même si leurs sociétés mères proposent également d’autres produits et services liés aux noms de domaine.
Radix a augmenté le nombre de ses candidatures par rapport à 2012, tandis que GMO Registry n’a pas participé au cycle de 2026. Ce contraste pourrait suggérer que le modèle économique des nouveaux gTLDs favorise une stratégie fondée sur le volume.
Radix a ainsi choisi de renouveler sa stratégie consistant à candidater pour de nombreuses extensions. À l’inverse, GMO Registry, qui avait déposé relativement peu de candidatures en 2012, avait consacré une part considérable de son investissement à l’acquisition du .SHOP pour 41,5 millions de dollars américains à l’issue d’enchères.
Identity Digital, ShortDot et .XYZ sont, quant à eux, avant tout des opérateurs de nouveaux gTLDs, fondés par des professionnels de longue date du secteur des noms de domaine.
Leurs investisseurs ont parié sur leur connaissance des circuits de distribution pour leur permettre de rivaliser avec des entreprises disposant de ressources plus importantes ou capables d’intégrer verticalement leurs activités.
Ces paris semblent avoir porté leurs fruits, puisque chacun de ces opérateurs figure de nouveau parmi les principaux candidats du cycle de 2026.
Quelles catégories d’extensions les candidats récurrents ont-ils choisies ?
En 2012, Google, Identity Digital et Radix avaient principalement candidaté pour des extensions constituées de mots anglais porteurs de sens, susceptibles d’intéresser un grand nombre de futurs titulaires de noms de domaine.
D’autres opérateurs avaient, certes avec des investissements globalement plus modestes, misé sur des noms de villes ou de régions, des noms de domaine internationalisés (IDN), des marchés de niche ou encore des chaînes de caractères dépourvues de signification particulière.
Ces trois opérateurs ont renouvelé leur stratégie en 2026. Nous estimons que d’autres acteurs majeurs semblent désormais suivre la même voie, ce qui nous conduit à penser que les mots anglais porteurs de sens et les abréviations largement reconnues constituent les investissements les plus rentables.
Les candidatures pour les extensions géographiques (geoTLDs) ont fortement diminué, passant de 70 en 2012 à seulement 13 en 2026. Les extensions correspondant à des termes en langues étrangères ont également reculé, de 116 en 2012 à 21 en 2026.
La tendance à l’abandon des marchés de niche est plus difficile à quantifier. Toutefois, l’examen des listes de candidatures des deux cycles donne l’impression que les extensions demandées en 2026 visent des marchés plus larges.
Les extensions « dépourvues de signification, mais faciles à mémoriser », comme le .XYZ ou le .ICU issus du cycle de 2012, sont également présentes en 2026. On relève notamment au moins sept candidatures portant sur la répétition d’une même lettre, comme le .ZZZ.
Cependant, les candidatures de ShortDot et de .XYZ, les opérateurs des extensions précitées, sont particulièrement révélatrices.
Bien qu’ils aient commercialisé des millions de noms de domaine sous ces extensions dépourvues de signification particulière, leurs candidatures de 2026 portent exclusivement sur des mots et des abréviations largement connus, à l’exception éventuelle de .IAM ou .ENT.
Les candidats récurrents sont-ils prêts à se battre pour les extensions les plus convoitées ?
Les enchères organisées à la suite du cycle de 2012 ont atteint des montants vertigineux.
Outre les 41,5 millions de dollars déboursés pour le .SHOP, Google a remporté le .APP pour 25 millions de dollars, Radix le .TECH pour 6,7 millions et Verisign le .WEB pour un montant record de 135 millions de dollars.
Ces sommes peuvent être interprétées comme des paris sur le fait que les extensions les plus attractives deviendraient également les plus commercialisées.
Si l’on examine les statistiques d’enregistrement, cette hypothèse semble s’être vérifiée : le .SHOP occupe la troisième place parmi les nouveaux gTLDs, avec 7,8 millions de noms de domaine enregistrés, le .APP se classe neuvième avec 2,1 millions et le .TECH vingt et unième avec 840 000 noms de domaine.
On pourrait donc logiquement s’attendre à ce que les extensions les plus convoitées du cycle de 2026 atteignent des montants considérables lors des enchères, avant de figurer parmi les meilleures ventes de cette nouvelle génération.
Vraiment ? Nous n’en sommes pas si certains.
Reprenons l’exemple du .SHOP de GMO Registry. Cet opérateur n’a présenté aucune candidature lors du cycle de 2026. Il semble donc ne pas avoir souhaité renouveler l’expérience du .SHOP, qui consistait à débourser une somme très importante pour obtenir une extension avant d’y enregistrer des millions de noms de domaine.
Mais cet exemple n’est pas isolé.
Link Freedom Group (LFG) a été le principal candidat individuel du cycle de 2026, avec 158 candidatures. À raison de 227 000 dollars américains par candidature, cela représente un investissement initial de près de 36 millions de dollars. Une somme considérable.
Peu après le Reveal Day, LFG a annoncé avoir choisi de recourir à 19 chaînes de remplacement (replacement strings).
Cette nouvelle possibilité introduite pour le cycle de 2026 permet aux candidats de se rabattre sur une seconde chaîne de caractères lorsque leur premier choix fait l’objet de candidatures concurrentes. Elle constitue ainsi une alternative à la perspective d’une procédure d’enchères.
La rapidité avec laquelle LFG a décidé de recourir à ces 19 chaînes de remplacement est révélatrice. Elle laisse penser que l’entreprise avait déterminé, avant même le Reveal Day, qu’elle n’adopterait pas une stratégie agressive lors des enchères et qu’elle accepterait de renoncer à certaines extensions attractives au profit de concurrents.
Reste à savoir si les candidats seront finalement prêts à dépenser des fortunes pour obtenir les extensions les plus convoitées du cycle de 2026.
Nous faisons le pari que les montants atteints lors des enchères seront cette fois moins élevés, à mesure qu’un consensus semble se dessiner en faveur d’une stratégie fondée sur le volume.
Conclusion
Candidater à de nouveaux gTLDs peut constituer une activité rentable pour des entreprises de toutes tailles et de tous horizons, à deux conditions :
Choisir des extensions constituées de termes anglais susceptibles d’intéresser un grand nombre de futurs titulaires de noms de domaine.
Répartir les investissements entre plusieurs extensions plutôt que de concentrer l’ensemble des ressources sur une seule extension supposée incontournable.
Des acteurs innovants continueront naturellement d’investir dans les extensions géographiques, les marchés de niche et les noms de domaine internationalisés, même si leurs perspectives économiques demeurent plus incertaines.
Notre analyse nous conduit néanmoins à penser que les extensions anglaises faciles à mémoriser domineront les classements des nouveaux gTLDs en nombre d’enregistrements et généreront les bénéfices les plus importants pour leurs opérateurs.
À propos d’IP Twins
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Alors que le cycle de candidatures de 2026 redessine le paysage des noms de domaine, IP Twins aide les organisations à identifier les opportunités, à évaluer les risques juridiques et commerciaux et à élaborer des stratégies de noms de domaine adaptées à leurs objectifs.