Les frontières entre le DNS traditionnel et les systèmes de nommage alternatifs pourraient devenir moins étanches. L’ICANN étudie actuellement les conditions dans lesquelles un même gTLD pourrait être intégré à la fois au DNS et à un système de nommage alternatif, notamment ceux reposant sur des technologies blockchain.
Cette évolution n’est plus seulement théorique. Nous évoquions déjà en 2025 l’émergence des cryptoTLDs et des « twinTLDs », ainsi que les risques de collision et les difficultés que cette convergence pourrait soulever pour les titulaires de marques. Des projets tels que .BLOCKCHAIN ou, plus récemment, .ROBOT illustrent concrètement cette volonté de faire vivre une même extension dans les univers Web2 et Web3.
L’ICANN commence désormais à réfléchir au cadre applicable à cette convergence.
Un même nom dans plusieurs systèmes
En août 2026, un groupe d’étude technique constitué par l’ICANN (Technical Study Group ou TSG) a publié un rapport initial sur l’intégration des gTLD avec les systèmes de nommage alternatifs. Le modèle étudié repose notamment sur un principe de string + controller : la même chaîne de caractères doit rester sous le contrôle de la même entité dans les différents systèmes intégrés. Le statut des noms devrait également être synchronisé.
Dans ses commentaires publiés en septembre 2026, le Security and Stability Advisory Committee (SSAC) soutient cette approche. Ainsi, lorsqu’un nom est suspendu en raison d’un abus ou d’une décision judiciaire, la suspension devrait en principe produire ses effets dans tous les systèmes intégrés.
Cette convergence soulève toutefois une question essentielle pour les titulaires de marques : comment transposer les mécanismes de protection existant dans le DNS aux systèmes alternatifs ?
Quel avenir pour l’UDRP ?
Le SSAC relève notamment qu’il n’est pas évident d’appliquer l’UDRP ou l’Uniform Rapid Suspension System (URS) lorsqu’un titulaire utilise uniquement un nom alternatif et que les données d’enregistrement habituelles ne sont pas disponibles. Il propose donc qu’un opérateur souhaitant utiliser un système alternatif comme système primaire soit tenu de démontrer l’existence de mécanismes fonctionnellement équivalents à l’UDRP et à l’URS.
Le Centre d’arbitrage et de médiation de l’OMPI soulève un autre risque : il existe déjà du cybersquatting au second niveau dans les systèmes de nommage alternatifs. Une correspondance automatique entre ces systèmes et le DNS pourrait donc permettre à un cybersquatteur de reproduire dans le DNS une atteinte préexistante dans un système alternatif.
L’OMPI estime que les titulaires de marques devraient pouvoir contester une telle situation et, lorsqu’une atteinte est établie, empêcher l’activation du nom correspondant dans le gTLD concerné.
Vers une protection des marques au-delà du DNS
La question dépasse donc désormais les seules « collisions » techniques entre espaces de nommage. Elle concerne directement la protection des marques.
L’intégration du DNS et des systèmes alternatifs suppose que les mécanismes de protection puissent eux aussi franchir cette frontière. Certaines initiatives ont déjà commencé à l’anticiper : l’intégration d’Unstoppable Domains à GlobalBlock avait précisément étendu un mécanisme préventif de protection des marques à certains noms blockchain.
Pour les titulaires de marques, l’enjeu sera donc double : préserver l’efficacité des mécanismes existants, tels que l’UDRP, mais également surveiller des espaces de nommage situés au-delà du DNS traditionnel.
À mesure que les frontières entre ces systèmes s’estompent, la protection des marques en ligne devra probablement les franchir elle aussi.
IP Twins et la protection des marques dans le Web3
IP Twins accompagne les titulaires de marques dans la protection de leurs actifs numériques, dans le DNS traditionnel comme dans les nouveaux espaces de nommage. Ses solutions Blockchain / Web3 permettent notamment de surveiller les noms blockchain susceptibles de porter atteinte aux droits de propriété intellectuelle et d’agir contre le cryptosquatting.