1 Introduction
C’est un inventaire attendu et surprenant, à bien des égards, qu’a livré le Reveal Day (annonce de l’ICANN du 29 septembre 2026). L’export officiel, arrêté au 8 octobre, recense 1 614 candidatures principales, portant sur 986 gTLDs distincts et déposées par 480 entités (annonce du 13 août 2026).
La comparaison avec 2012 est intéressante. Le premier cycle avait réuni 1 930 candidatures pour 1 409 gTLDs distincts (annonce de l’ICANN du 13 juin 2012), à 185 000 dollars le dossier (Applicant Guidebook 2012, section 1.5.1). Les frais d’évaluation atteignent désormais 227 000 dollars (Applicant Guidebook 2026, section 1.1.2), soit une hausse de 23 %. Or le nombre de candidatures recule de 16 %, et celui des gTLDs distincts de 30 %. Faut-il y voir l’effet du prix ? Rien n’est moins certain car il conviendrait sans doute de tenir compte de l’inflation aux États-Unis. La baisse tient sans doute davantage à la maturité du marché et aux gTLDs de la cuvée de 2012 n’ayant jamais réellement trouvé leur public.
Le plus remarquable, toutefois, tient au fait que les candidats sont moins nombreux, mais paraissent plus déterminés puisqu’ils se disputent davantage les mêmes gTLDs. En effet, 55 % des candidatures sont aujourd’hui en conflit, contre 39 % en 2012.
La géographie penche, sans surprise, vers l’Amérique du Nord (864 candidatures), loin devant l’Europe (506) et l’Asie-Pacifique (217). Cela dit, les chiffres trompent parfois : Malte ne doit ses 158 dossiers qu’à un seul candidat, Link Freedom Group. C’est d’ailleurs la concentration qui frappe d’abord, puisque quatre opérateurs de portefeuille totalisent à eux seuls près de 28 % des candidatures.
Afin de dépasser la simple énumération, chaque gTLD a été rattaché à un secteur, selon l’activité du titulaire pour les .BRAND et selon le sens du mot pour les termes génériques. Le classement est le nôtre, et nous devons bien reconnaître que les frontières sont parfois poreuses : .MIND relève-t-il de l’intelligence artificielle (IA) ou du bien-être ? Il révèle néanmoins une demande largement portée par le numérique (I), tandis que marques et territoires dessinent une carte plus nuancée (II).
1.1 Une demande portée par le numérique
Secteur | Candidatures | gTLDs distincts | Dont .brand | Candidatures en conflit (gTLD identique) |
Termes génériques courts, identité, style de vie | 414 | 220 | 0 | 69 % |
Technologie, cloud, cybersécurité | 274 | 185 | 89 | 50 % |
Médias, divertissement, jeux, réseaux sociaux | 152 | 106 | 45 | 42 % |
Commerce, mode, consommation | 145 | 94 | 48 | 51 % |
IA et agents | 121 | 55 | 23 | 69 % |
Services professionnels et juridiques | 103 | 55 | 14 | 63 % |
Banque, finance, assurance | 83 | 71 | 48 | 23 % |
Crypto-actifs et web3 | 81 | 48 | 9 | 58 % |
Santé, pharmacie, bien-être | 66 | 35 | 16 | 62 % |
Industrie, énergie, automobile, transport | 64 | 47 | 24 | 42 % |
Voyage, hôtellerie, restauration | 55 | 38 | 17 | 55 % |
Éducation, savoir, associatif | 38 | 26 | 0 | 47 % |
Villes, régions, communautés | 18 | 18 | 0 | 0 % |
Total | 1 614 | 986 | 333 | 55 % |
Source : icann.org. Classement sectoriel de l’auteur.
1.2 L’intelligence artificielle, centre de gravité du cycle
En volume, l’IA ne pèse pourtant que 121 candidatures. Elle n’en demeure pas moins le secteur le plus âprement disputé : sept dossiers sur dix s’y heurtent à un concurrent. Le gTLD le plus convoité du cycle est d’ailleurs .AGENT, avec treize candidats, parmi lesquels Google, Meta, OpenAI et un candidat communautaire. Suivent, de près, .ROBOT (9), .agi et .MIND (7), puis .MCP (5), du nom du Model Context Protocol qui relie les agents entre eux.
Les grands acteurs ont, en outre, pris soin de verrouiller leurs propres signes : .OPENAI, .CHATGPT et .GPT pour OpenAI, .GEMINI et .DEEPMIND pour Google, .LLAMA et .METAAI pour Meta, ou encore .CLAUDE et .ANTHROPIC. Là où 2012 avait vu fleurir .APP ou .COULD, les candidats parient désormais, très clairement, sur un Internet d’agents.
1.3 Technologie, crypto-actifs et médias : le socle numérique
La technologie au sens large demeure, quant à elle, le premier secteur identifiable (274 candidatures). La demande y est double : des termes familiers des développeurs (.API, .KEY, .CONNECT, .PORTAL) et une solide cohorte de .brand d’acteurs de l’infrastructure, de Cloudflare à Salesforce. Les crypto-actifs confirment, de leur côté, un appétit intact pour le nommage (81 candidatures, dont onze pour le seul .BIT), tandis que les médias sont tirés par les plateformes (TikTok, Instagram, WhatsApp, Twitch).
Reste, enfin, la masse des termes génériques courts (414 candidatures) : .HUB, .POP, .MAX, .HELLO. Ces mots sans attache sectorielle, prisés des opérateurs de portefeuille, sont aussi les plus disputés. Force est de reconnaître que la stratégie consiste moins, ici, à servir un marché qu’à occuper le terrain lexical.
2 Marques et territoires : une carte plus nuancée
2.1 Les .BRAND, une adoption sélective
On compte 333 candidatures .BRAND, des gTLDs réservés à l’usage exclusif d’un titulaire de marque et soumis à la Specification 13 du contrat de registre, soit une sur cinq. Le chiffre est significatif, sans être massif. Les États-Unis en fournissent 151 et le Japon 61, fidèle à une tradition bien ancrée du nom de domaine de marque ; la France, en revanche, n’en compte que neuf (Air Liquide, Atos, BPCE, CNP Assurances, Conex, Ledger, MBDA, Michelin et Sodexo). Par ailleurs, la banque et l’assurance sont très présentes chez les marques (48 candidatures), ce qui explique un taux de conflit remarquablement faible : un nom de banque se dispute rarement. Inditex a, pour sa part, déposé un gTLD pour presque chacune de ses enseignes, de .BERSHKA à .ZARAHOME.
Cela étant, le statut .BRAND ne met nullement à l’abri du conflit. Dix-huit candidatures de marques se heurtent en effet à un concurrent, qu’il s’agisse de .ECHO (Amazon), .GPT (OpenAI), .FORCE (Salesforce) ou .LENS (Google).
2.2 Des territoires en retrait, des niches qui s’affirment
Le cycle de 2012 avait fait la part belle aux villes (.PARIS, .BERLIN, .NYC). Tel n’est plus le cas : dix-huit candidatures géographiques seulement, essentiellement européennes (.VIENNA, .FRANKFURT, .ROMA, .LUGANO, .QUÉBEC). L’exigence d’un appui des autorités publiques explique évidemment l’absence de candidatures concurrentes. Les noms internationalisés demeurent, eux aussi, marginaux (21 candidatures, presque toutes en caractères chinois).
À l’inverse, certaines niches s’affirment nettement, comme la santé (.THERAPY, .ZEN, .GYM) ou les professions (.FIRM, .OFFICIAL), sans oublier, pour le lecteur français, la candidature communautaire .AVOCAT qui aurait été déposée par l’ordre des avocats de la cour d’appel de Bordeaux, là où on attendait davantage le Conseil National des Barreaux, ce qui pourrait soulever des questions d’ordres déontologique, juridique, voire de commerce international (en particulier avec les avocats des pays francophones).
Conclusion
Le Reveal Day dessine donc un cycle à deux vitesses : une véritable ruée sur le vocabulaire du numérique, où la concurrence est vive, et une adoption plus mesurée des gTLDs de marque et de territoire. Pour les titulaires de marques, par conséquent, l’enjeu est immédiat. Il leur appartient de vérifier, sans tarder, qu’aucun gTLD demandé ne reproduit ou n’imite leur signe ; la période d’objections s’ouvrira le 17 novembre 2026 pour se refermer le 16 mars 2027 (calendrier publié par l’ICANN), et l’objection fondée sur les droits (Legal Rights Objection) y sera l’outil naturel. Encore faudra-t-il, pour les candidats eux-mêmes, surmonter l’épreuve des candidatures concurrentes, ce qui fera l’objet d’un prochain article.
À propos d’IP Twins
IP Twins est une société spécialisée dans la protection des marques sur Internet et la gestion des noms de domaine. Elle accompagne les titulaires de marques dans la protection de leurs droits au sein du système des noms de domaine (DNS), en associant conseil stratégique, surveillance des noms de domaine, gestion de portefeuilles et règlement des litiges.
Dans le cadre du programme 2026 des nouveaux gTLDs, IP Twins accompagne les entreprises dans l’identification des risques, la surveillance des candidatures susceptibles d’affecter leurs marques et la définition de stratégies de protection adaptées, notamment par l’évaluation des mécanismes d’objection disponibles.