Le 18 août 2026, l’ICANN a publié pour consultation publique le rapport initial de son DNS Abuse Mitigation Policy Development Process (PDP 1). Au cœur des discussions figurent les Associated Domain Checks (ADC) : lorsqu’un registrar reçoit des éléments suffisamment précis concernant un nom de domaine impliqué dans une activité abusive, il pourrait devoir regarder au-delà de ce seul nom et rechercher, parmi les domaines associés au même client, d’éventuels abus similaires.
L’OMPI invite à élargir le champ
Dans ses commentaires déposés le 25 septembre 2026, le Centre d’arbitrage et de médiation de l’OMPI soutient cette approche, mais souligne l’une de ses limites essentielles : les vérifications envisagées resteraient principalement enfermées dans le portefeuille d’un même registrar.
Or ces frontières administratives peuvent précisément être exploitées par les acteurs malveillants. En matière de cybersquatting, certains comportements semblent ainsi conçus pour compliquer l’identification de portefeuilles cohérents de noms de domaine et, le cas échéant, leur regroupement au sein d’une même procédure UDRP (consolidation). La dispersion des enregistrements entre plusieurs registrars, comptes ou identités apparentes peut ainsi transformer la fragmentation du système en obstacle procédural.
L’OMPI suggère donc d’explorer, à terme, des mécanismes permettant d’effectuer des rapprochements entre plusieurs registrars, par exemple en comparant sous une forme anonymisée certains éléments des données qu’ils collectent. Elle ne précise toutefois ni les données qui serviraient de dénominateur commun, ni le mécanisme technique permettant de les rapprocher. L’idée est, à ce stade, davantage une direction qu’une architecture prête à l’emploi.
Cette logique n’est d’ailleurs pas entièrement nouvelle pour les professionnels de la protection des marques en ligne. Chez IP Twins, notre outil de surveillance Detective permet déjà de croiser les informations recueillies sur des noms de domaine afin de faire apparaître les liens susceptibles d’exister entre eux. Ces rapprochements peuvent notamment permettre de constituer les éléments nécessaires au regroupement de plusieurs noms de domaine au sein d’une même procédure UDRP, y compris lorsque leurs enregistrements ont été volontairement dispersés. L’expérience montre ainsi que le nom de domaine pris isolément ne raconte souvent qu’une partie de l’histoire. L’analyse des liens entre plusieurs enregistrements peut révéler une stratégie qui resterait invisible si chacun était examiné séparément.
Du nom de domaine au réseau
Derrière ces discussions techniques se dessine finalement une évolution plus profonde.
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Pendant longtemps, la lutte contre les abus en ligne a largement suivi une logique individuelle : un nom de domaine, un signalement, une enquête, une mesure. Cette approche atteint ses limites lorsque les mêmes acteurs peuvent enregistrer des dizaines de noms, changer rapidement d’infrastructure et passer d’un registrar à l’autre.
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Reste cependant à déterminer quel élément pourrait servir de dénominateur commun entre plusieurs registrars. L’OMPI ne tranche pas cette question. Une piste pourrait consister à associer à certains moyens de paiement un identifiant pseudonymisé et commun, permettant de détecter que plusieurs noms de domaine ont été enregistrés à l’aide du même moyen de paiement sans en révéler publiquement les données.
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Cette piste rejoint une évolution plus générale que nous évoquions récemment à propos de la lutte contre le piratage sportif en Belgique. Les décisions belges analysées dans cet article imposent aux intermédiaires de communiquer non seulement des données d’identification, mais aussi certaines informations relatives aux moyens de paiement, aux cryptoactifs et aux connexions. Une même intuition se dessine : pour identifier efficacement l’acteur qui se trouve derrière une infrastructure illicite, il faut parfois regarder au-delà des seules données d’enregistrement du nom de domaine.
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Un identifiant lié au moyen de paiement aurait naturellement ses limites. Les cartes prépayées, l’utilisation de moyens de paiement différents ou encore de cartes appartenant frauduleusement à des tiers empêcheraient d’en faire une preuve d’identité. Il constituerait donc un indice de rapprochement, et non une preuve suffisante à lui seul. Combiné à d’autres éléments, il pourrait néanmoins contribuer à faire apparaître ce qu’une analyse domaine par domaine laisse dans l’ombre.
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Les Associated Domain Checks proposent ainsi une autre manière d’aborder le problème : considérer le nom de domaine signalé non seulement comme l’objet de l’enquête, mais comme son point de départ.
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Reste désormais à savoir jusqu’où ce regard pourra porter.
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À propos d’IP Twins
IP Twins accompagne les titulaires de marques dans la surveillance, l’identification et le traitement des atteintes commises en ligne. Nos outils de surveillance, dont Detective, permettent de détecter les noms de domaine susceptibles de porter atteinte aux droits de nos clients, mais aussi de rapprocher les informations disponibles afin d’identifier les liens entre plusieurs enregistrements. Cette analyse peut faciliter la mise en œuvre d’une stratégie d’action cohérente, notamment le regroupement de plusieurs noms de domaine dans une même procédure extrajudiciaire lorsque les circonstances le permettent.