Toutes les extensions ne se valent pas. Depuis l’ouverture des nouveaux gTLD en 2012, nous défendons l’idée selon laquelle toutes les extensions ne présentent pas le même niveau de risque. Compte tenu du nombre de domaines de premier niveau disponibles (et de ceux qui continueront d’apparaître), il n’est ni réaliste ni souhaitable d’enregistrer systématiquement une marque sous chacune d’entre elles. Dans ce contexte, une stratégie efficace repose sur des arbitrages en fonction du secteur d’activité, du budget alloué à la protection de la marque, des outils disponibles et des risques encourus. Sur ce dernier point, certaines extensions sont peu susceptibles d’être utilisées de manière crédible, tandis que d’autres peuvent considérablement renforcer l’efficacité d’une fraude.
Une décision juridiquement classique. Une récente décision UDRP (Bulgari S.p.A. c. xiaoye wang, WIPO Case D2026-2222) illustre bien cette réalité. Juridiquement, l’affaire ne présentait aucune difficulté particulière. En effet, les noms de domaine litigieux, à savoir <bvlgari.bar> et <bvlgari.baby>, reproduisaient intégralement la marque BVLGARI et ne faisaient l’objet d’aucune exploitation active (passive holding). En bref, leur transfert s’imposait.
Des extensions qui racontent une histoire. L’intérêt de cette affaire réside davantage dans la stratégie de gestion du portefeuille de noms de domaine. En effet, le choix des extensions retient l’attention car elles peuvent renforcer l’impression d’un lien officiel avec une marque, suggérer une activité particulière ou rendre un site frauduleux beaucoup plus crédible. En l’occurrence, le domaine de premier niveau .BAR renvoie à l’activité hôtelière de la marque BVLGARI. Dès lors, le nom de domaine <bvlgari.bar> paraît immédiatement plausible, à tel point que, pour un consommateur, il pourrait parfaitement désigner un site officiel de l’entreprise Bulgari.
Une cohérence plus nuancée. Quant à l’extension .BABY, la situation semble moins évidente. Toutefois, la maison Bulgari n’est pas totalement étrangère à cet univers. D’une part, elle a conçu et commercialise notamment l’eau de toilette Petits et Mamans. D’autre part, elle est engagée depuis de nombreuses années aux côtés de Save the Children dans des programmes consacrés à l’enfance et commercialise une collection de bijoux dédiée à ce partenariat.
L’impossible protection exhaustive. Pendant de nombreuses années, les entreprises ont cherché à multiplier les enregistrements défensifs. Cette approche avait un sens à une époque où l’espace des noms de domaine demeurait relativement limité. Elle devient beaucoup plus difficile à mettre en œuvre dans un environnement où plusieurs centaines d’extensions sont disponibles et où de nouvelles continuent d’apparaître. Autrement dit, des choix s’imposent.
Premier critère : le secteur d’activité. Une banque accordera naturellement une attention particulière à des extensions telles que .BANK, .LOAN ou .FINANCE. Une compagnie aérienne s’intéressera davantage à .TRAVEL ou .FLIGHTS. Les exemples sont innombrables. Les extensions les plus sensibles sont celles qui rendent crédible un usage frauduleux, parce qu’elles correspondent directement aux produits ou aux services proposés par le propriétaire de la marque.
Deuxième critère : la géographie. La hiérarchisation dépend également de l’implantation géographique de la marque. Les extensions nationales (ccTLD) demeurent prioritaires dans les pays où l’entreprise est présente ou entend se développer. Il en va de même des extensions géographiques, telles que .PARIS, .LONDON ou .TOKYO, lorsqu’elles correspondent à des villes dans lesquelles la marque dispose d’une implantation significative. Les critères sectoriels et géographiques se complètent ainsi pour permettre une hiérarchisation plus fine des risques.
Troisième critère : les outils disponibles. Cette réflexion doit également tenir compte des mécanismes de protection existants. Ainsi, l’extension .BAR figure aujourd’hui parmi celles couvertes par le programme GlobalBlock, un service permettant de bloquer préventivement l’enregistrement d’un label sous un large portefeuille d’extensions participantes (841 à ce jour), tandis que .BABY n’en fait pas partie. L’affaire présente également l’intérêt de rappeler qu’une stratégie de protection ne doit pas seulement s’interroger sur les extensions à couvrir, mais aussi sur les différentes formes sous lesquelles une marque est exploitée. Dans le cas de Bulgari, les signes BULGARI et BVLGARI coexistent et méritent tous deux d’être pris en considération. Au-delà de ces considérations techniques, l’affaire rappelle surtout qu’une stratégie de protection doit être réévaluée régulièrement, au regard de l’évolution des activités de la marque, de l’apparition de nouvelles extensions et des mécanismes de protection désormais disponibles.
Une stratégie en constante évolution. En somme, la protection des noms de domaine ne peut plus être envisagée comme une simple politique d’enregistrement. Elle relève désormais d’une véritable gestion des risques, fondée sur la hiérarchisation des priorités, la surveillance continue et l’adaptation permanente de la stratégie. Une extension ne vaut pas seulement par sa popularité, mais aussi par la crédibilité qu’elle confère à un usage frauduleux. Les enregistrements défensifs, les mécanismes de blocage, les services de veille et les procédures UDRP ne constituent plus des solutions concurrentes, mais les différentes composantes d’une même architecture de protection.
À propos de IP Twins. IP Twins accompagne les titulaires de marques dans la protection de leur identité numérique à travers une approche globale combinant gestion de portefeuilles de noms de domaine, surveillance des enregistrements, services de blocage, lutte contre le cybersquatting, le phishing et les autres formes d’abus en ligne, ainsi que la conduite de procédures UDRP et de nombreux autres mécanismes de règlement des litiges. L’objectif n’est pas seulement de récupérer des noms de domaine abusifs, mais de mettre en œuvre une stratégie de protection adaptée aux activités, aux marchés et aux risques propres à chaque marque.