Aller au contenu
Home » Le Registry Lock, ce mal aimé pourtant si efficace

Le Registry Lock, ce mal aimé pourtant si efficace

Un nom de domaine ne coûte en général que quelques euros par an. De ces quelques euros dépend la bonne marche des grandes organisations de ce monde, et le chiffre d’affaires des grandes plateformes d’E-commerce. Il existe un mécanisme de protection, ne coûtant que quelques dizaines d’euros par an, qui permet d’éviter une prise de contrôle non autorisée du nom de domaine et la paralysie de toute activité en ligne. Il semble donc raisonnable de penser qu’il s’agit d’un bon investissement (il ne représente par exemple que 0,00004% du chiffre d’affaires moyen des plateformes de vente en ligne*).

Et pourtant…

Nous avons vérifié : seulement 12 des 25 plus grands sites marchands opérant en France ont opté pour cette protection ! Ce mécanisme, appelé Registry Lock, est une fonctionnalité qui offre une protection supplémentaire pour votre nom de domaine. Il a pour objectif de réduire au minimum le risque de modifications indésirables, même en cas de fuite de données ou de piratage des systèmes. En effet, une fois ce verrou activé au niveau du Registre, toute demande devra faire l’objet d’une validation manuelle avant de pouvoir être exécutée. Il s’agit d’une solution efficace contre un type de cyberattaque bien connu : le détournement de nom de domaine. Pour vous éviter de solliciter ChatGPT, voici ce qu’il en dit :

Un détournement de nom de domaine (domain hijacking en anglais) est la prise de contrôle non autorisée d’un nom de domaine par une personne ou une organisation qui n’en est pas le propriétaire légitime.

Il n’est pas difficile d’imaginer les effets dévastateurs d’une telle attaque. Prendre le contrôle d’un nom de domaine permet d’en modifier les contacts (dont le titulaire), mais aussi, et surtout, les DNS. Et sans DNS, plus de sites, plus d’emails, plus d’applications. Il est aussi possible pour le cyberattaquant de rediriger vers un contenu frauduleux (par exemple pour partager de fausses informations) ou un faux site marchand (et diriger les paiements vers son compte).

Deux exemples marquants viennent à l’esprit : la prise de contrôle du site du New York Times et de Twitter UK par la Syrian Electronic Army à des fins de propagande. Plus récemment mais un peu moins connu, le piratage du nom perl.com dont le but semblait être la récupération du nom de domaine (un terme générique de 4 lettres en .com a en effet une grande valeur marchande).

Whois du nom de domaine iptwins.com sécurisé par le Registry Lock :

L’exemple évident dont nous avons parlé en introduction est celui des sites e-commerce, pour lesquels le chiffre d’affaires, qui se compte en dizaines (voire centaines) de milliers d’euros par heure, dépend directement du bon fonctionnement d’un nom de domaine.

Outre cet exemple patent, la plupart des entreprises dépendent d’un nom de domaine pour travailler : recevoir et envoyer des emails, proposer une espace client en ligne, générer des opportunités ou récolter des informations via des formulaires, etc. Il ne s’agit plus de simplement mettre des informations à disposition du publique ; il faut pouvoir interagir. Pourtant, comme pour les grands noms du e-commerce, de nombreuses grandes marques et grands groupes n’ont pas activé ce verrou sur leurs noms de domaine critiques. C’est le cas par exemple d’un tiers des entreprises du CAC 40. Nous retrouvons le même ratio pour les 50 plus grandes entreprises européennes (en termes de revenus).

Pourquoi ces freins à la décision ?

Compte tenu des sommes en jeu, et comme nous l’avons vu en introduction, il s’agit d’un investissement plus que raisonnable. Si ce n’est le coût, il semble donc qu’il faille chercher la raison ailleurs ; le défaut d’information sur le service en lui-même, le manque de compréhension du risque, la responsabilité (« quel équipe ou département doit prendre le sujet »), la peur de mal faire ? Certainement un peu de tout cela.

Rapide aparté pour battre en brèche une croyance infondée : ce verrou n’empêche pas de modifier la zone DNS (ce qui pourrait être fait, mais c’est un autre sujet). Il ne sert qu’à empêcher les modifications non autorisées du Whois d’un nom de domaine (contacts et/ou DNS). Modifications qui ne sont réalisées qu’en de rares cas (changement de nom de l’entreprise, changement d’adresse, nouveau prestataire DNS).

L’argument qui revient le plus souvent est que le risque est très faible. Et c’est probablement notre faute également, les Registrars Corporate sérieux. Nous faisons trop bien notre travail : certification ISO 27001, équipes expérimentées et formées en continu, gestion des utilisateurs bien cadrée, double authentification obligatoire, etc., tout est fait pour vous donner confiance. Vous pensez être entre de bonnes mains, et vous avez raison. Cependant le risque n’est pas nécessairement à chercher du côté du prestataire, qui, malgré toutes les précautions prises et dispositifs de sécurité mis en place, n’est d’ailleurs pas à l’abris d’une erreur humaine.

Ce risque d’erreurs humaines peut aussi venir des donneurs d’ordres (clients, titulaires de marque, prestataires et intermédiaires). Toutes les personnes qui travaillent dans les noms de domaine depuis quelques années vous dirons qu’elles ont déjà reçu des demandes pour modifier le nom abc.com, alors qu’il s’agissait en fait de modifier abc.fr. Une faute de frappe ou une étourderie qui peut avoir de lourdes conséquences.

Enfin, et surtout, le risque principal vient des cyberattaques toujours plus nombreuses et sophistiquées (merci au passage à l’intelligence artificielle de faciliter la vie des tiers malveillants). De nos jours, ne compter que sur le professionnalisme des individus et les dispositifs de sécurité mis en place (si robustes soient-ils) semble pour le moins audacieux.

L’ANSSI elle-même le dit. Dans son guide des « Bonnes pratiques pour l’acquisition et l’exploitation de noms de domaine », l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’information liste vingt recommandations. La première d’entre elle est : « Utiliser le verrou de niveau registre, lorsque disponible ». Il est intéressant de noter le consensus des institutions au niveau international concernant le recours aux verrous, qu’il s’agisse des agences de cybersécurité ou des autorités de régulation comme l’ICANN ou le CENTR (regroupement des Registres européens) qui a mis en place une taskforce dont le but est de promouvoir cette pratique et concevoir un service de verrouillage pouvant être mis en œuvre facilement par les registres qui ne le proposent pas encore.

Il n’y a certes pas de petites économies, mais il existe aussi de petites dépenses qui semblent désormais indispensables. Et bonne nouvelle : nous pouvons vous aider à identifier les noms qui devraient bénéficier de cette protection supplémentaire. N’hésitez pas à nous contacter !